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Une créole experte en commérages, une bimbo latino made in New York, une vieille anglaise indigne et une Kibboutznik sont au menu de un one-woman show bourré d'énergie. Alice Bismuth, comédienne nomade a fini par poser ses valises en Israël après diplômes en poche, voyages autour du monde…et recherche de l'âme-sœur. Au résultat: un spectacle explosif, drôle, une comédienne talentueuse et une femme heureuse.
Interview par David Kahn.
Comment l'idée est née du spectacle est née?
L’idée est tout naturellement née de ma propre expérience de voyages et d’avoir vécu dans plusieurs pays différents. Voyager est une de mes passions et me confronter à d’autre cultures et manières de penser et quelque chose qui m’a beaucoup enrichi et ouvert l’esprit.
D'où viennent les personnages?
Les personnages sont des personnages inventés, composés de dizaines de choses que j’ai pu observer. J’aime observer les gens, en particuliers dans la rue. J’aime regarder les démarches et les langages corporels, je m’en inspire pour créer des personnages. Je m’inspire aussi des voix, des manières de parler, des accents… Pour les situations dans lesquelles je mets en scène ces personnages c’est toujours des situations exagérées mais qui partent de quelque chose qui aurait pu se passer en fonction du caractère et de la personnalité de chaque personnage. Quand je crée un personnage, je lui invente d’ailleurs une vie depuis sa naissance jusqu’à l’age qu’il a dans la scène. Comme ça, je le connais pratiquement aussi bien que moi-même.
D'où vient le titre…euh, qu'est-ce qu'il veut dire?
Le titre c’est du Créole Jamaïcain, c’est une langue que j’ai beaucoup entendu quand je vivais à Londres et j’aime bien sa sonorité chantante et son côté cool. « Culcha » ça veut dire culture. Quand on prononce « culture » en anglais, ça sonne presque comme « Culcha ». « Splash » c’est des éclaboussures. Littéralement le titre veut donc dire éclaboussures de cultures, à l’image du spectacle qui éclabousse le public de plusieurs cultures.
Vous êtes passée d'un diplôme de politique et relations internationales à comédienne, comment?
J’ai en effet fait des études de politiques et relations internationales jusqu’au MA. En parallèle de mon premier diplôme j’ai également fait des études de cinéma à l’université. Puis mon Master en poche, j’ai décidé de me consacrer au jeu de comédienne, j’ai fait une école de théâtre à Paris et j’ai approfondi ma formation en faisant des stages professionnels avec des coachs américains à Paris. La vocation de comédienne c’est là depuis que je suis toute petite, aussi loin que je me souvienne, j’avais toujours un spectacle en tête sur lequel je travaillais puis jouais, soit dans des ateliers théâtre, soit avec mes sœurs à la maison. A 17 ans j’ai passé quelques mois à New York et là ça m’est tombé dessus. NYC en été c’est plein de jeunes qui aspirent à être comédiens et je me suis retrouvée à faire les 400 coups du jeune comédien : les séances photos en tant que mannequin, les plans castings où tu rencontres pleins d’autre jeunes à attendre, les plans ouvreuses sur Broadway où tu vois les plus grands shows...
Pourquoi les études de politiques en parallèle ?
Je ne sais pas, quelques fois on prend un peu de temps à affirmer ses choix dans la vie mais je ne regrette pas du tout, ça a formé ma vision du monde et ça a fait bouger mes cellules grises.
Etre comédienne aujourd'hui, cela s'impose à vous?
A 200% !
Dans le même temps, vous n'êtes pas "que" comédienne. Vous écrivez vos textes, vous vous autoproduisez, vous êtes seule en scène…d'où vous vient cette énergie?
L’énergie je pense que ça me viens du sport. Depuis l’enfance où j’ai été gymnaste et au collège où j’ai fait une section sport étude Judo, le basket en équipe universitaire, jusqu’à aujourd’hui où je pratique le Karaté. Le sport a toujours fait partie de ma vie depuis que j’ai 5 ans. Je trouve en particularité dans les arts martiaux une incroyable régulation de l’énergie corporelle. C’est à la fois ça qui me permet de dormir la nuit car ça te vide du surplus d’énergie qui te rend hyper survolté et ça te débarrasse des tensions et à la fois ça te boost avec une énergie toute particulière et une maîtrise de ton corps, de tes mouvements et une tonicité qui te permet de bouger très vite tout d’un coup.
Est-ce là votre force?
Les moments sur scène c’est du pur plaisir. C’est aussi un échange d’énergie avec le public, tu en donnes et il t’en renvoie. La confiance en soi et en ses capacités c’est une question d’expérience, de vie surtout. Je pense que c’est quelque chose que j’ai aujourd’hui. Je pense que j’avais ça aussi quand j’étais plus jeune car je cherchais toujours à faire des trucs qui me faisaient peur comme sauter à l’élastique ou en parachute! Quand tu vois qu’en fait tu es toujours là après avoir fait un truc qui te faisait peur tu te sens super fort et ça te donne confiance.
Où je trouve ça ? Je suis tout simplement arrivée à la conclusion que tu n’as pas le choix. La vie est trop courte pour déprimer et être malheureux et un jour on meurt et c’est trop tard pour faire les choses qu’on veut faire ou qu’on doit faire pour soit ou pour les autres. Je pense qu’on reçoit tous un peu de temps dans ce monde pour faire certaines choses et amener une contribution positive autour de soi. Et si tu as passé ta vie à déprimer et à te morfondre et que tu n’as rien foutu, franchement tu as l’air d’un con… Non ?
Pourquoi Israël?
C’est le choix du cœur. Ici, je me sens bien, je me sens dans une mentalité qui me correspond avec un climat qui me correspond… et puis je ressens ici une énergie qui me correspond, je me sens plus connecté à mon intuition. Quand on parle de terre sainte, je ressens que c’est ça aussi la terre sainte : un lieu où l’énergie que tu projette te reviens multipliée. Ce n’est pas un hasard d’ailleurs si la religion interdit le "lashon hara", la mauvaise langue. C’est lié à ça aussi : ne pas projeter du négatif car c’est une énergie négative qui se multiplie et te revient dessus pour te détruire. Quand j’ai décidé de faire mon Aliyah j’en étais arrivée à la conclusion qu’il ne faut pas vivre sa vie en faisant des choix matériels et en essayant de calculer quel est le meilleur endroit pour réussir parce que c’est comme ça que tu vois ta vie passer vainement, sans passion, sans vie même, dans l’attente de réussir, alors que la réussite, c’est un état d’esprit, si tu te sens bien et épanoui dans le présent tu réussis. Regarde, les gens qui bossaient aux twin towers, « l’endroit de réussite par excellence », le 11 septembre a tout remis en cause. Tu ne peux jamais savoir ce qui va se passer. La seule chose dont tu peux être sur c’est que tu n’es pas le maître du monde et même si tu as l’impression que tu contrôles, tu ne contrôles rien du tout. Alors Israël, c’est venu quand j’ai pris la décision de lâcher prise et de venir là où je me sentais bien et bizarrement ma vie a pris un sens nouveau et je n’ai jamais autant réussi que depuis que je suis ici. Je te parle ici de réussite qui te remplit à l’intérieur, pas de réussite superficielle, dont tu te fous au bout de deux minutes. Je pense que pour réussir, il faut d’abord trouver la paix en soi, où que tu sois, le reste vient après.
Quelles sont les difficultés que vous rencontrez ici?
Grâce à D. je n’ai pas rencontré de vraies difficultés ici. Tout s’est passé jusqu’à maintenant avec un timing incroyable. Tout ce dont j’ai eu besoin est arrivé en temps voulu.
Et paradoxalement, qu'est-ce qui est plus facile par rapport à la France?
Pour moi, tout est plus facile qu’en France, mais c'est une question d’état d’esprit. Sinon ce qu’on peut observer par rapport à la France qui est un vieux pays où les choses sont bien établies et plutôt immobiles, Israël c’est le contraire, ce balagan, désordre (ndlr) qu’on voit à première vue est en fait un monde d’opportunités incroyables. Ici, tout est possible.
Dans le spectacle, il y a beaucoup d'allusions à la fille célibataire que vous avez peut-être été. Puis, à la quête d'amour.
Oui, j’ai rencontré mon mari en Israël. Il est israélien, d’ailleurs, tiens c’est bizarre aujourd’hui on a plutôt tendance à rencontrer les israéliens en Inde ou en Thaïlande...-rires-… En fait, j'ai rencontré mon mari complètement par hasard.
Quel est votre conseil pour rencontrer l'autre? Et trouver l'amour?
Le même que pour réussir toute choses, se sentir bien dans sa peau, se sentir heureux. C’est toujours ça qui attire les bonnes choses. Se connaître aussi, pour savoir être soit même, être spontané et naturel. Ne pas se prendre la tête… ça vous tombera dessus au moment où vous l’attendrez le moins. Là aussi, lâcher prise en fin de compte, et surtout arrêter de se torturer l’esprit en pensant à tout ce que ta famille dit et résonne en toi : « ma fille/mon fils pas encore marié ! Mais qu’est-ce que tu vas faire !... » Etc.… Plus concrètement, en Israël, ça peut toujours aider, tout le monde veut te présenter quelqu’un ici.
Vous donnez à la fin du spectacle la possibilité de mettre en lien les célibataires, les personnes qui recherchent l'âme –sœur?
Eh oui… moi aussi je suis devenue israélienne… c’est plutôt marrant, et si en plus ça peut aider… c’est une mitsvah… non ?
Quels sont vos projets immédiats?
Projets immédiats : jouer Culcha Splash au festival d’Avignon
Vos rêves?
Continuer à faire ce que je fais, à créer, à jouer sur scène, à jouer tout court… et faire tout ça à grande échelle… et puis voir un jour la paix en Israël.
Quelle est votre adresse de date idéale?
Mais qu’est-ce que tu me dis là ? Je suis mariée ! Je ne sors plus ! Je suis dans la cuisine, à la maison maintenant ! Je plaisante, mais en réalité là tu me poses une colle !
La "recette idéale" pour réussir un mariage?
Si je savais ! Ça ne fait même pas un an que je suis mariée ! Repose-moi la question dans 30 ans.
Culcha Splash, au Festival d'Avignon 09, puis en tournée en France et en Israël
Renseignements : www.alicebismut.com |