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Comment se décider une fois pour toutes,…et aimer sa décision!

Tant de rendez-vous, des dates, comme on dit en anglais, et au final, si peu de temps pour trouver l'âme-sœur. Avec toutes ces filles célibataires disponibles sur le net, cela devient difficile de se décider sur une seule. Voici une petite histoire vraie qui raconte comme je me suis décidé pour de bon.
Le problème avec les rencontres sur l'Internet, c'est que finalement, on ne rencontre que très rarement les personnes. Le plus délicat est de savoir quand s'arrêter. Je devrais le savoir moi-même, j'ai rencontré ma femme après avoir surfé sur Jdate.fr pendant sept ans. Une chose est sûre, le secret de rencontrer quelqu'un réside dans la persévérance, et au bout du compte, un bon zeste de chance. Il faut aussi bien connaître le plan d'attaque. Exactement, comme un jour de football sait exactement à quel moment il doit tenter de marquer, il faut savoir quand et quoi mettre sur son profil. Pour en récolter tous les fruits.
La scène se passe il y a environ deux ans, dans un immeuble de bureau en plein cœur de quartier de la Défense à Paris. Même décor, même cadre de travail, des salles de travail remplies d'ordinateurs.
Je réponds à un mail d'une fille que j'ai contacté via JDate.fr. Son nom est Julie. Elle est diplômée d'une école d'architecture, est abonnée au Monde et au Nouvel Observateur. Elle aime les "petits poignets et les chevilles" et se balader dans les rues, faire du shopping dans les "épiceries exotiques". Ses études lui plaisent. Elle est lassée des types qu'elles rencontrent sur le Net, et des sempiternels profils de grand mec au teint mâte qui lui jurent fidélité dès le premier rendez-vous.
J'aime son style. Vraiment. Mais je ne veux pas aller trop vite au début. 27 profils de filles entre 26 et 37 ans, m'ont sollicité depuis hier, toutes dans ma région; raison supplémentaire pour la jouer "cool".
J'écris à Julie: "Oui, nous devons nous parler au téléphone. Et merci pour t'adresser à moi. Mais peut-être que nous pouvons encore attendre quelques jours…mieux nous connaître, et ensuite, passer au téléphone. Non? Qu'en penses-tu?"
Ce n'est pas que je ne veuille pas lui parler. Des expériences passées m'ont appris que nous devrions passer au téléphone. La voix, ça compte. Mais j'ai aussi appris qu'une conversation au téléphone de 10 minutes, bien qu'agréable, n'est pas suffisante pour approfondir. L'émail permet encore d'échanger des choses, plus intimes.
Toutefois, quand je n'ai pas reçu de mail de sa part dans la journée, je commence à m'inquiéter. Peut-être, n'aurais-je pas du refuser de lui parler au téléphone. Peut-être, est-elle-même passée à l'autre type sur la liste…!
J'en parlerai sur le divan de mon analyste un peu plus tard.
Me voici donc sur le divan. "Le problème", dis-je, "est qu'il y aura toujours de nouveaux profiles".
Avec l'intonation de quelqu'un qui connaît déjà la réponse à ma question, elle me dit, "Et en quoi cela est-il un problème?"
J'explique : "Supposons que je choisis une fille A. Et qu'elle me plaise. Je pourrais très bien rater la prochaine fille qui attend sur la liste, disons la fille E, aussi belle que la fille A, aussi intelligente que la fille B, avec un sens de l'humour dévastateur comme la fille C, et avec la maison de vacances de la fille D".
"C'est vrai", me répond mon analyste. Mais qu'arrive-t-il si vous n'aimez pas l'odeur de la fille E. Ou que ses goûts musicaux vous répugnent? (Ma thérapeute sait très bien appuyer là où ça fait mal).
"Très juste", dis-je. "Mais je suis sûr qu'il y a une fille F quelque part, et peut-être, ne suis-je pas assez patient pour l'attendre. Si je le suis, peut-être, elle cliquera sur mon profil, et je saurai que j'ai eu raison d'attendre".
Ma thérapeute ne dit rien pendant un moment, juste me laissant le temps d'entendre ma dernière phrase, comme si je devais moi-même trouver la réponse à ma question, à mes hésitations. C'est fait! Il y a trop d'options, de choix.
Après la thérapie, je fais un tour dans les rues de Paris. Partout, des vitrines avec "nouveau produit". Les badauds se pressent dans les magasins, les sacs remplis de courses, avec le dernier tee-shirt à la mode, encore mieux que celui de l'année dernière. Toujours du nouveau…
Je prends soudain conscience de mon comportement dans ma vie affective. Je suis une victime de la consommation. Toujours habitué à satisfaire mes désirs d'un clic de souris, j'ai transposé cette facilité dans ma vie affective. Je commence à comprendre toutes les différences, à identifier mon attitude quand je passe d'une fille à l'autre, comme si je choisissais entre différentes tailles de vêtement.
C'est ridicule, n'est-ce pas? Oui, je sais. Malheureusement, on passe tous par une phase ridicule. Le mieux, c'est de s'en rendre compte, au minimum, et d'en rire!!
En colère contre moi-même pour m'être berné aussi longtemps, je prends la décision d'appeler Julie sans plus tarder. Je file à la maison. Plus important, je dois obtenir un rendez-vous avec elle. Ensuite, je résilie mon abonnement à JDate.fr et je ferme ma fiche.
Comme prévu, la conversation avec Julie ne dure pas 10 minutes, mais 2 heures. On se trouve un tas de choses en commun. (On a grandi dans la même ville). Nous avons traversé tous les deux les mêmes phases où l'on se trouve ridicule avec soi-même…On rigole au téléphone (à ce propos). C'est simple, mais c'est ce que l'on peut trouver de plus…magique dans le début d'une relation.
Et notre premier rendez-vous se passe pour le mieux. Comme je me l'étais promis, je ferme mon profil. Le deuxième rendez-vous se passe encore mieux que le premier.
Jusqu'à aujourd'hui, je n'ai pas demandé à Julie si elle aussi, elle a fermé sa fiche sur JDate.fr. J'ai été trop occupé à penser à elle, et à aimer toutes les minutes passées en sa compagnie. Si par hasard, vous tombez sur un profil de fille qui vit dans le Marais, a un faible pour les "photographies vue du ciel", admet qu'elle dort de temps à autre avec la couverture qu'elle avait quand elle était gamine, ne vous fatiguez pas à lui envoyer un mot. Elle est sans doute trop occupée à remercier toutes les personnes qui ont répondu "Oui" à l'invitation de notre mariage.
David Spizer est écrivain et vit avec sa femme Julie en région parisienne. |