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"Né ici et juif, je suis doublement attaché à Israël"

A l'occasion du Festival du film français de Tel Aviv, Yvan Attal est venu en Israël, présenter son dernier film, Le rapt. Né à Tel Aviv, l'acteur revient sur son métier et ses racines.

Par: David Kahn 
 

Dans le film, Le rapt de Lucas Belvaux, vous incarnez cet homme de pouvoir qui subit un enlèvement. Séquestré, il est torturé. Comment vous êtes-vous préparé à ce rôle éprouvant?

 

Tout d'abord, je me suis documenté. Le film relate l'histoire du Baron Empain (riche industriel enlevé à la fin des années 70, ndlr.) Cette histoire m'avait marqué quand j'avais 13-14 ans. On lui avait enlevé un doigt.

 

Vous avez également subi un amaigrissement important…

 

Oui. J'ai maigri de 20 kilos pour le rôle. J'ai sous-estimé l'importance que le régime allait avoir sur moi. J'ai du m'isoler. Je ne mangeais plus avec ma famille pour m'éviter de les voir prendre un repas normal alors que moi, j'étais cantonné à 50 g. de riz et de courgette vapeur. Je ne mangeais pas avec l'équipe du film pendant le tournage. Je devenais irascible, susceptible pour un rien.

 

Cet homme de pouvoir qui a tout, argent, femme, famille, vous le rendez presque mécanique, dans son existence. Il jouit de ses richesses, mais donne le sentiment de n'y prend aucun plaisir?

 

Dans la première partie du film, oui. On lui prête beaucoup d'arrogance à cause de son statut, alors qu'il est justement dans un isolement. Il compartimente tout,  amours, affaires, parties de jeux,…L'enlèvement lui fait prendre conscience de ce qu'il a. L'enlèvement est le symbole d'une crise qu'il traverse. Après, c'est évident qu'il n'est plus le même, mais c'est déjà trop tard.

 

 

Jusqu'à incarner physiquement ce moment de crise?

 

Cet homme ne sait pas tout ce qui se dit sur lui, se trame derrière son dos. Quand il revient de l'enfer de cet enlèvement, il veut reprendre main sur ses affaires et sa vie familiale, mais on ne lui laisse pas. La réalité se dérobe. Comme son corps. Ses chemises sont trop grandes pour lui. Son visage, complètement émacié, son ventre creux.


Il reproche à sa famille de ne pas être à son écoute. Il ne veut plus se sentir coupable comme avant d'avoir trop d'argent. Alors, il accepte de se laisser démunir. Mais en fait, il n'a pas le choix. Jusqu'à peut-être trouver beaucoup de solitude, mais aussi un apaisement.

 

Comment combinez-vous votre carrière d'acteur, et celle de réalisateur?

 

Les projets de réalisateur mettent beaucoup plus de temps à se faire. Je travaillais sur un scénario pendant 1 an et demi, et les producteurs l'ont refusé. Trop cher!


Je ne baisse pas les bras, au contraire. Je pense à un nouveau sujet sur l'antisémitisme, mais traité avec humour. Ça s'appellera : "Tout ce que vous avez toujours voulu sur les Juifs, sans jamais oser le demander".

 

 

Une façon de revenir vers vos racines?

 

Je suis né à Tel Aviv. Mes parents ont vécu en Israël au début des années 60, puis nous sommes partis quand j'avais 1 an. J'y suis donc attaché particulièrement. Je me défini comme français, juif, mais avec une double nationalité. Il y a ce quelque chose en plus encore, parce que j'y suis né. J'ai de la famille ici. De nombreux cousins, des oncles.

 

Vous défendez souvent Israël lorsque vous prenez part à des débats publics, en France, à la télévision par exemple.  

 

Je ne veux pas que sioniste soit associé aux mots, assassin ou nazi. Alors, je défends mes convictions dès que j'en ai la possibilité. Je dis à ce gens-là, vous vous trompez. Je suis pour un état palestinien aux côtés d'Israël. Mais j'ai conscience des menaces qui pèsent sur ce pays, et il faut toujours rappeler cette réalité. Ce n'est pas de la paranoïa.


Et puis qui refuse l'autre? On a tendance avec nos yeux d'européens à faire porter toute la responsabilité du refus sur Israël. C'est faux! 


En France, on a parfois l'impression d'une terrible incompréhension à l'égard d'Israël.

 

 

Vous verriez-vous vivre ici? 

 

Je n'ai aucune raison de venir m'installer ici, mais oui, je me verrais! C'est tout le paradoxe avec Israël : beaucoup d'affections et d'émotions. Et puis, j'ai envie d'emmener le plus souvent possible mes enfants. Je veux qu'ils comprennent. Qu'ils connaissent le pays d'où je suis né.


Je suis fan du cinéma israélien, Tu marcheras sur l'eau, Valse avec Bachir. Je trouve les acteurs israéliens très puissants aussi, Moshe Igny, par exemple. On verra, mais travailler sur un projet de film serait l'occasion de venir en Israël plus de temps.

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